des cadrés 2012-2016

des cadrés
“Plus la rencontre des éléments était inattendue, plus l’étincelle poétique qui surgissait était surprenante pour moi.“ Max Ernst


En suite de la série “Némotecknic“ constituée de dessins, photographies et vidéos, “des cadrés“ est un ensemble de 40 encres sur papier, de 3 vidéos issues de ces encres, et d’une quinzaine de textes.
Propositions poétiques à la question: Que découvre-t-on sous l’eau, le regard cadré par le masque du scaphandre ? Soudaineté de l’événement, surprise et incongruité de la rencontre, solitude et immensité.
Le cadre comme révélateur d’histoires profondes.



 

Melencolia, border line
Albrecht travaillait à l’équilibre des lumières, au choix éclairé des objets symboliques, de leur place selon leur sens. Le lévrier, grande silhouette efflanquée et pelée avait cessé d’errer pour enfin s’endormir, lové sur lui-même dans un angle de l’image. Le compas posait l’hypothèse d’un angle, le sablier épuisait les grains d’un temps que la meule ne parvenait pas à transformer en poussière, le polyèdre dégagé de la sphère s’était immobilisé.
La comète missionée par Saturne avait déclenché dissonances et contradictions.

Submergée par la vague venue de l’arrière-plan, la géante ailée se cale au bord de l’image, perplexe quant au nouvel ordre fluctuant de la composition. 






Rencontre  
Au détour de ce qui semblait être un bouquet d’algues brunes,
ondulantes eaux troubles,
l’oval luminescent d’une face aux pupilles dilatées, surgit.

Regard en quête,
perplexes lèvres closes.

Maux en tête,
comme prise de fièvre, les doigts effleurent la tempe,
la main fouille le crâne.
“Bonjour Monsieur Courbet“, en moins avenant.

Pâle,
le poète interroge l’abîme du miroir.







Peinture à l’eau. 
Tentatives, essais en urgence répétés,
la main risque le geste.
Quand on les a découvertes et expérimentées,
il est des choses qui ne s’oublient pas, et pourtant ;
attrapé le pinceau et l’angoisse monte de ne plus savoir.
L’encre se perd comme la raison
dans l’univers liquide transparent.





Balais de chaises 
Francisco cherche assises.
Piero intègre la troisième dimension a fresco, révèle la profondeur.
Le monde est ainsi fait que, même en perspective, quatre pieds n’assurent pas un sol.
Francisco mit la chaise dans une gravure, s’en vint dans l’autre.






Blindness (c’est dit) 
C’est dit ! vous êtes aveugle,
et c’est votre main même qui occulte le cadre.

Cécité consentie qui refuse l’évidence.






Midnight kills – eau de plume 
Valy mate ses clopes marque Export et se crée une identité. 
Jambes ouvertes : viens-y voir si tu l’oses, au monde en général.
Canal positif à flux tendu, couple rock et musique un peu moins “essaye-encore“ que ces dernières écoutes. 

On entendrait presque sussurée une esquisse de révolution – exquis frémissement.
Triangle et perpendiculaire, gun au percuteur amorcé, onde de choc en léger différé pour atomisation d’un kilo de plumes.
Patience, cela vient.






Évaluation de la perfection. 
Avant même la conscience du genre, à peine une intuition, la poupée mythique fit son apparition.
En l’occurrence et par hasard,
total contraire de la propriétaire en métamorphose.
Mode de mère, époque oblige référent appuyé : c’est ça – suffit !
Image pour identification,
dans le flottement d’un âge confit de contradictions.
À chaque jour moins de poids,
record du ventre plat,
tentative de disparition.

Basculement de la fine à gauche.





Alice et Louise 
Alice glisse ses aspirations aux fonds salés
La souris casquée plonge toute étourdie.
- Mange-moi suggère le plancton
Pour passer l’interdit.
Nouvelle mise au format cheminée.
Les membres de la poupée rusent au portillon.
- Bois-moi intime l’amer
La voilà transformée,
La voilà grandie,
Sur ses jambes d’aplomb
Voilà Louise femme-maison.






Ils l’ont fait. 
Rythme accéléré, avalanche d’images, une information chasse l’autre “sans transition“, plus cadrée, plus zoomée, livrée sans analyse. Au cœur de l’événement avec les yeux des autres, le menu du jour mène la foule : la messe est dite !
L’étincelle : les Jumelles pulvérisées. Suivies des populations exterminées, du pulvérisateur assassiné, des pays anéantis - en direct - “ne manquez rien“ de la triste fictioréalité, c’est la vérité.

Alors l’indignation a gagné, les cubes aveugles ont été balancés par-dessus les autels dans les grandes profondeurs.

On aurait pu rêver.








Femme poisson et homme oiseau
Effigie figée au buste polysexe,
l’infini sfumato en arrière-plan laisse supposer.
À soulever le voile on trouve une queue, - de poisson sourd.
Regard indifférent:
- Articulez, s’il vous plait.

Pirouette en cornet de l’échassier qui passe :
- Qu’est ce qu’il a dit ?

- C’est dégueulasse.






 Les baigneuses
En limite de l’air et de l’eau, les couronnes boudinées.
Au centre de l’anneau, on se glisse.
Calé sous les bras, entouré, porté, respiration sans apréhension.
Sous l’eau, les jambes s’agitent.
Dans une tentative de nage, le corps bascule en avant presque à l’horizontale. Les bras immergés simulent la brasse. De légères vagues donnent la sensation de se mouvoir.
La septième – plus puissante – combinée avec un déplacement du centre de gravité vers l’avant fait basculer le corps dans la position inverse à celle prévue par le manuel.
Sous l’eau, les bras s’agitent.
L’objet rempli d’air nommé bouée se coince, et maintient le bas du corps au-dessus de l’eau.
Tout autour, ondes de rires, on pense figure, maîtrise de la situation – à tort.




 Les clics et les clacs.
La tricoteuse solitaire ourdit son ouvrage.Une maille endroit, une maille envers.
Les mots s’enroulent en boucles autour des films de trame, maillons de chaîne à côte.
Aiguilles qui piquent.
La trameuse tricotisse l’étoffe, entrelacs de petites histoires intestines dans lesquelles elle tente d’enrober sa proie.
Aiguilles qui piquent.
Que la victime rétorque, au maillage s’emmêle un peu plus. Comploteuse comblée.
Frictions d’où on s’échappe en laissant quelques plumes.